Héroïnes d’iran et de palestine

Aria de Nazanine Hozar et Rachel et les siens de Metin Arditi, deux prodigieuses sagas romanesques de la rentrée.

Aria est une fillette de Téhéran qui porte un prénom de garçon. On lui en fait la remarque tout au long du roman de Nazanine Hozar, elle-même née en Iran mais qui l’a quitté tôt pour rejoindre le Canada. « Un Docteur Jivago en Iran » ainsi Margaret Atwood qualifie-t-elle le livre de sa compatriote, une assertion quelque peu audacieuse même si la fin de l’ouvrage se déroule pendant la révolution islamique. Il s’agit avant tout d’une fresque qui se développe autour de son héroïne durant près de trente ans, du temps du Shah aux événements qui porteront l’ayatollah Khomeini au pouvoir avant la guerre contre l’Irak. Les personnages sont nombreux, de confessions diverses (zoroastriens, chrétiens, musulmans), pauvres ou aisés selon le quartier de Téhéran où ils habitent. Et ils ne sont surtout pas unidimensionnels, c’est l’une des grandes qualités du livre, complexes dans leur psychologie, à l’image de Zahra la mère adoptive d’Aria, laquelle a été abandonnée à la naissance. Nazanine Hozar déroule une histoire dense aux ramifications nombreuses, sans jamais nous perdre. Aux frontières du mélodrame, la romancière alterne tendresse et cruauté des comportements et ne cède à aucune facilité dans une langue ample et colorée.

Changement de décor avec Rachel et les siens. Tout  commence en 1917 à Jaffa, en Palestine ottomane, où Rachel, 12 ans, l’héroïne du dernier livre de Metin Arditi, grandit auprès de parents juifs séfarades et d’un frère de lait arabe. Une enfance heureuse qui est bouleversée par l’arrivée d’une sœur d’adoption : Ida, juive russe orpheline. La suite de Rachel et les siens ? Elle s’étend jusqu’à 1982, le récit se nourrissant des convulsions de l’Histoire, notamment celles d’Israël, et de péripéties nombreuses, d’Istanbul à Paris, en passant par l’Amérique. Le livre assume son caractère foncièrement mélodramatique et très romanesque dans une fresque marquée par des ellipses audacieuses et de profonds portraits de femmes (les hommes sont en arrière-plan). Rachel, dont la passion est l’écriture de pièces de théâtre, est loin d’être un personnage simple. Engagée et souvent enragée, son caractère ne souffre pas les compromissions mais n’est pas exempte de contradictions. Il faut se laisser emporter par le mouvement continu et sentimental de la plume inspirée et d’une grande empathie de Metin Arditi, lequel, derrière le bruit et la fureur, semble rêver d’un Moyen-Orient apaisé où juifs, arabes et chrétiens vivraient en paix et en bonne intelligence.

Aria de Nazanine Hozar
Stock
516 pages
24 euros

Rachel et les siens de Metin Arditi
Grasset
510 pages
24 euros

Alain Souché

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