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« Je ne suis pas une héroïne, je suis juste fière d’être infirmière »

Il y a le circuit des informations officielles distillées par l’ARS et la préfecture, et puis il y a la réalité terrain, le vécu. Les points de vue diffèrent selon les interlocuteurs. Clémence est infirmière de nuit en chirurgie digestive à l’hôpital d’Orléans, elle nous raconte, son métier et l’épisode COVID dans son service.

Elle semble fragile, presque timide, pourtant du haut de ses petits 22 ans, Clémence est confrontée quotidiennement aux souffrances des malades, des familles, à la mort. Cela fait tout juste un an qu’elle est diplômée de l’école d’infirmière d’Orléans et qu’elle exerce son métier, une vocation ?

« J’aimais beaucoup la science, le contact humain, prendre soin des autres, les écouter. La nuit ce n’était pas un choix au départ, j’ai accepté une proposition suite à mon stage de dernière année dans le service que j’ai rejoint. »

Ses nuits commencent à 21h et se terminent à 7h30 quand nos réveils sonnent, elle rentre enfin chez elle. Elle alterne petite et grosse semaine (5 nuits et 2 jours de repos, 2 nuits et 5 jours de repos), à la fin du mois son salaire net est de 1700 € primes incluses. Clémence ne s’en plaint pas, elle est jeune, elle a choisi son métier : « personnellement je ne suis pas en colère contre l’état, mais je soutiens mes collègues, je vois bien qu’il y a un manque de personnel. »

Dans son service, ce sont 20 lits pour elle et une aide-soignante, elle ira voir chaque patient. Parfois, entre-temps, il faut gérer des entrées, des urgences « dans ce cas toutes les infirmières et l’interne viennent en renfort ».

Au plus fort de la crise

Mais avec la crise de la COVID, il a fallu réorganiser le service et y accueillir toutes les autres pathologies (orthopédie, chirurgie, neurologie, ORL) : « nous étions en stress avec la peur d’attraper le virus, de le transmettre, la gestion de nouvelles pathologies que l’on ne connaissait pas. Nous devions tester les patients qui entraient, mais avec un protocole standard. » Ces conditions de travail ont provoqué de nombreux arrêts maladie dans le personnel soignant souvent dû à un épuisement professionnel, « tout changeait chaque jour, c’était déstabilisant et stressant. » Elle détaille la pénurie de matériel : « au début, nous avions 1 seul masque pour 10 heures, en mai c’est passé à 2, et depuis la mi-juillet, nous en avons suffisamment. Mais il y a toujours un problème de taille pour les gants pour pratiquer les soins, ils sont trop petits ou trop grands. » Aujourd’hui le service a retrouvé son rythme normal, chaque patient est testé dès son arrivée et les chambres sont individuelles.

Héroïne du quotidien ?

« J’ai choisi de faire ce métier et j’en suis fière, je comprends que je fais quelque chose d’important, mais c’est toute l’année et je ne me considère pas comme une héroïne. » Clémence n’a pas vu sa famille pendant 2 mois, alors qu’elle était à 5 minutes de chez elle, il ne fallait pas prendre le risque de la contaminer.

Alors, quand elle voit des débordements comme le concert à Nice en juillet, elle est très choquée par le manque de respect : « c’est dur de voir des gens prendre des risques, surtout qu’il n’y a rien de plus précieux que notre santé, tout peut aller très vite, on peut tout perdre ».

Au contraire, les manifestations de solidarité, les applaudissements, les dons des entreprises, oui ça lui a fait chaud au cœur, à elle et à ses collègues : « même si certains critiquent la façon dont les dons ont été répartis… »

À la veille de la rentrée, Clémence trouve que les médias en font trop et que l’on oscille entre psychose et négligence. Effectivement, les chiffres grimpent parce que les opérations de dépistage sont en place, au 21 août en région Centre 3,30 % des 20 077 personnes testées étaient positives et on en comptait 8 en réanimation*.

* source : bulletin d’information COVID 19 N°32 de l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire

Marie-Zélie Cupillard

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