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Le Consentement de Vanessa Springora, sonne-t-il la fin d’une époque ?

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Ce récit autobiographique libératoire, signé Vanessa Springora, a fait l’effet d’une bombe dans le milieu littéraire et dans l’opinion publique. Encore une femme qui contribue à faire évoluer notre société…

Un récit glaçant

Vanessa Springora raconte sa relation, alors qu’elle n’était qu’une adolescente, avec un écrivain. Le Consentement est d’autant plus efficace qu’il n’a rien d’un récit haineux, l’auteure ne fait que décrire précisément ce qu’elle a vécu avec un homme de cinquante ans, alors qu’elle n’avait que treize ans quand elle a fait sa connaissance. Ce livre permet d’avoir le point de vue de la jeune victime devenue femme. Elle y décrit très bien le mode opératoire, et toute la perversité de l’écrivain mondain. Le contexte de la rencontre, avec une adolescente à la recherche d’un père, fascinée par la littérature. L’ogre, comme elle le nomme, saura la valoriser, pour la séduire, et exercera sur elle une véritable emprise uniquement pour assouvir ses fantasmes sexuels. Il n’hésitera pas à la sodomiser pour leur premier rapport sexuel en lui disant : « c’est comme avec les garçons. »

Elle pense vivre une histoire d’amour, ce qu’il lui fait croire, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle n’est qu’une parmi d’autres proies. Elle finira par le quitter, il ne cessera pas de la poursuivre, et s’adonnera à un harcèlement littéraire en relatant leur relation, allant jusqu’à publier les lettres qu’elle lui avait écrites, comme une preuve de son consentement.

Une autre époque ?

Encensé par le monde littéraire et récompensé, Gabriel Matzneff semble légitime, alors qu’il publie des livres dans lesquels il détaille ses relations sexuelles avec de très jeunes partenaires : « les Moins de seize ans » (1974), aux Éditions Julliard, (la maison d’édition dont Vanessa Springora est la directrice depuis décembre dernier), ou encore « Journaux intimes » aux Éditions Gallimard (de 1990 à 2007). Personne ne semblait s’émouvoir des récits d’une sexualité pédophile assumée, il recevra même le prix Renaudot en 2013 pour un autre ouvrage.

Son arme ? Le « consentement », il se vante d’avoir des relations sans violence, ni résistance : il séduit de très jeunes filles de moins de 15 ans, à qui il prétend même apporter beaucoup pour leur épanouissement.

Gabriel Matzneff ne s’intéresse pas aux femmes de son âge, il préfère les vierges, et « consomme » aussi les corps des petits garçons de Manille. Sans jamais être inquiété, jusqu’à aujourd’hui.

Pourtant, celui qui faisait glousser et suscitait les bons mots des invités de Bernard Pivot en 1990, avait dû faire face à la téméraire Denise Bombardier, écrivaine canadienne, qui n’avait pas manqué de s’offusquer des actes pédophiles de l’écrivain. Mais personne n’avait soutenu Denise Bombardier, pire, on l’avait raillée.

La fin des intouchables ?

Le talent, la notoriété d’un écrivain, d’un artiste, d’un réalisateur, d’un photographe peuvent-ils encore servir de bouclier à des pervers, des pédocriminels ? Le Consentement a mis en évidence les stigmates d’une relation faussement consentie.

L’auteure met en évidence les ravages de ce prédateur sexuel, que le talent rendait intouchable. Trente ans plus tard, le livre de Vanessa Springora met un coup d’arrêt à celui qui semblait être au-dessus des lois. Il n’aura fallu que deux cent seize pages d’un témoignage poignant pour qu’enfin le microcosme littéraire se désengage et que la justice s’intéresse à lui et à ses agissements. Depuis ses livres ont été retirés de la vente, une tartufferie ?

Le Parquet de Paris a enfin ouvert une enquête, la justice ira-t-elle jusqu’à le juger ? On peut espérer, que Vanessa Springora passera du statut de jeune fille « consentante » à celui de victime d’un pédophile.

Marie-Zélie Cupillard

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