Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Le rire, une valeur à partager

Actuellement, on rit 5 à 6 minutes par jour en moyenne, contre 10 à 15 minutes dans les années 50, la « dose » recommandée par les médecins pour rester en bonne santé. Car oui, le rire fait du bien, à l’esprit et au corps : un vrai médicament, 100 % naturel et délivré sans ordonnance. Tous les sites web et les ouvrages consultés sont unanimes, les propriétés du rire sont nombreuses et parfois inattendues : il permet d’oxygéner l’organisme, d’accroître les capacités respiratoires, de diminuer la tension, de réduire le stress, d’accélérer la digestion, de lutter contre l’insomnie… Autres vertus : il favorise la communication, et – parlez-en à votre patron – il permet d’améliorer l’ambiance au bureau, donc la productivité… et donc la rentabilité !

Faire rire ? Un métier sérieux

Les DVD de comédies et billets de spectacles d’humour devraient-ils être remboursés par la sécurité sociale ? « Pour les zygomatiques, c’est automatique », voilà qui ferait un beau slogan… En attendant, les pratiquants de cette thérapie naturelle – acteurs, réalisateurs, écrivains –, n’ont de cesse de se creuser la tête pour nous aider à vivre mieux. Ce n’est pas simple… et ce n’est pas nouveau. « Elle est immense, la prétention de faire rire, écrit Pierre Desproges dans Chroniques de la haine ordinaire. Un film, un livre, une pièce, un dessin qui cherchent à donner de la joie, ça se prépare, ça se découpe, ça se polit. Une œuvre pour de rire, ça se tourne, comme un fauteuil d’ébéniste. Molière, qui fait toujours rire le troisième âge,
a transpiré à en mourir. Chaplin a sué. Guitry s’est défoncé. Woody Allen et Mel Brooks sont fatigués, souvent, pour avoir eu, vingt heures par jour, la prétention de nous faire rire. »
Un métier difficile, mais qui, de toute évidence, attire de plus en plus…

Une offre en augmentation

On estime à 500 le nombre de spectacles comiques tournant dans l’Ile-de-France en ce moment. Du jamais vu, probablement. « Tant mieux ! se réjouissait François Rollin récemment sur France Inter. Nous ne serons jamais assez. » Enthousiasme partagé par Marianne Sergent, grand nom du café-théâtre, très friande des spectacles de ses confrères et consœurs : « Pas ceux qui se vendent des prix fous, c’est malsain. Mais j’assiste à l’arrivée de la relève. Généralement, dans leur premier spectacle, ils se racontent ; le deuxième est raté ; c’est à partir du troisième qu’ils trouvent leur personnalité. »

Machines à sous

Pourquoi les humoristes sont-ils aussi nombreux actuellement ? « Le rire est vendeur, c’est aussi simple que ça, assure Marianne. Je ne crois pas à l’explication du rire qui offre une parenthèse dans la société ” anxiogène “. Actuellement, ce n’est pas pire que l’époque de nos parents et grands-parents, qui ont pour certains vécu deux guerres… » 

Vendeur, le rire l’est au cinéma, sur scène – depuis toujours –, mais aussi sur le web – ça, en revanche, c’est récent. Des chaînes de nouveaux comiques battent des records de clics sur youtube, ce qui peut leur rapporter de l’argent (quelques centimes par vue, à partir d’un très grand nombre de visites), ce qui peut surtout leur permettre de se faire connaître, et peut-être, de passer de l’écran d’ordinateur ou de smartphone à celui de la télé. Le graal, même à l’heure du net…

Si on rit de moins en moins, ce n’est pas faute d’offre en matière d’humour : jamais il n’y a eu autant de films, de livres, de spectacles… Car tout le monde s’y retrouve finalement : non seulement le rire est vendeur, mais en plus, il fait du bien à ceux qui le reçoivent. Un vrai médicament !

Le rire qui soigne

 

Nous avons déjà parlé, dans Edith, de l’action des clowns à l’hôpital (www.leriremedecin.org). Dans un autre domaine, peut-être avez-vous déjà entendu parler des « clubs de rire », ces groupes qui pratiquent le yoga sous l’autorité d’un animateur ou d’une animatrice pas forcément comique, mais capable de déclencher un rire parfois refoulé à l’aide de différentes techniques… À Orléans, le centre de yoga et de relaxation propose des séances de yoga du rire, « pour rire avec l’autre, et non pour rire de l’autre » (http://www.centredeyogaetderelaxation.org/). 

 

Interview

 

Marianne Sergent

Marianne Sergent : « Le rire dénonciateur et annonciateur »

Grande copine de Coluche et Desproges, la comédienne sans concessions (elle n’aime pas ce mot) est particulièrement bien placée pour nous éclairer.

 

Vous étiez nettement moins nombreux au début des années 70, les humoristes…

La liberté d’expression a progressé depuis. Le rire, c’est une belle forme de liberté totale. Et c’est un moyen de faire passer des choses, plus difficiles à accepter si l’on est sérieux. Le rire doit être dénonciateur et annonciateur. Mais s’il y a beaucoup de professionnels qui le pratiquent aujourd’hui, c’est surtout grâce aux pubs que nous font les émissions de télé : pas une qui n’ait son éditorialiste comique !

Il y a plus de femmes aussi…

Il y a 40 ans, on était trois ! Avant, le rire était plus intime, ça passait par les chansonniers, qui n’étaient, à quelques exceptions près, que des hommes. C’est un rapport au pouvoir qui se retrouve dans tous les boulots. Vous savez, les femmes humoristes sont encore moins payées que les hommes – sauf les stars. Mais il y en a plein, nouvelles ou confirmées, qui occupent le devant de la scène actuellement : Mado la Niçoise (la Piaf de l’humour), Louise Bouriffé (on rit dès qu’elle arrive, comme avec de Funès), Agnès Pat’ (très complète), Calixte de Nigremont, Trinidad, Florence Foresti… De vraies personnalités.

Quelles sont vos limites en matière de rire ?

J’ai toujours été Charlie, moi : je portais la burqa dans un sketch en 1994. En général, je n’aime pas la moquerie gratuite. C’est une question de délicatesse. Sinon, on doit pouvoir rire de tout. Le gros problème de nos jours, c’est la religion. Hara-Kiri, Charlie Hebdo, ça fait plus de 40 ans qu’ils dénoncent tout ça à travers le rire, et c’est maintenant qu’ils sont flingués…

http://www.mariannesergent.com

 

 

Témoignages

 

IMG_5213 Frédéric Sallé  crédit David Templier

 Frédéric Sallé, Programmateur de la salle de spectacles de Saint-Jean-de-la-Ruelle

« Jusqu’à 2012, la programmation était musicale. Mais il y a trois ans, nous avons eu un coup de cœur pour Bérengère Krief, qui en était à ses tout débuts. Nous l’avons programmée, et cela a été un vrai succès, les gens nous ont demandé d’autres spectacles d’humour. Nous avons décidé d’ouvrir la programmation à ce genre, sans pour autant devenir une usine à stand-up. Nous allons donc vers des artistes qui mélangent les émotions, et qui font un gros travail d’écriture, comme Océane Rose-Marie, Alex Lutz, Camille Chamoux, qui sont tous passés ici avant de devenir plus connus. Nous voulons des gens qui portent un regard sur la société, qui amènent du rire, mais pas seulement : de la réflexion, de l’émotion. L’offre en matière d’humour est immense, nous pourrions remplir la salle toutes les semaines avec du stand-up, mais cela ne nous intéresse pas. Nous préférons des personnalités qui se démarquent, quitte à déstabiliser un peu le public : cela a été le cas avec Camille Chamoux, qui présente un spectacle où l’on rit peu par rapport à d’autres. Nous cherchons des humours différents. Walter est venu lui aussi, avec un style très décapant, dans la lignée de Pierre Desproges… Le 22 mai, nous accueillerons Ali Bougheraba avec “L’odyssée de la moustache”. C’est un artiste que j’ai vu au festival d’Avignon. L’humour, c’est un univers que je découvre, en fait, car je ne suis pas spectateur à titre personnel. Avant d’en programmer, je n’avais jamais vu de spectacle comique. C’est peut-être ce qui me permet d’avoir un regard neuf… »

www.ville-saintjeandelaruelle.fr

 

 

 

christelle-chollet

Christelle Chollet, Humoriste, chanteuse et comédienne

« Toute petite, j’ai dit à mes parents que je souhaitais faire ce métier. C’est une vraie passion depuis toujours. Et je suis heureuse de pouvoir vivre en faisant rigoler les gens, tout en y mêlant mes autres passions que sont la danse et le chant, la comédie musicale en fait. Quand j’ai débuté, je me suis fait jeter de toutes les auditions, parce que j’étais toujours trop quelque chose ; ce qui m’a fait passer dans le one-woman-show, c’est de pouvoir faire ce que je veux. Je parviens à faire rire tout le monde, en famille. Dans le nouveau spectacle, il y a un sketch sur les ados, qui plaît aux parents, aux grands-parents, aux petits frères et petites sœurs. J’en ai un sur la vieillesse aussi. Les relations hommes-femmes, c’est un thème qui marche depuis toujours. C’est de l’humour qui réunit toutes les générations. Rien n’est plus agréable, pour moi, de voir un enfant qui rit et sa grand-mère de 80 ans avec lui… Moi, en tant que spectatrice, je peux rire de tout, ou presque, (Alex Lutz, Laurent Laffite, Gad Elmaleh, etc.). Mais sur scène, mon but n’est pas de provoquer. Ma seule prétention est d’amuser le public, je ne me sens missionnée que pour faire rigoler les gens. Le rire est libérateur, le but est de faire oublier les tracas. Les chansons, elles, sont là pour mettre de l’émotion. C’est ce que je préfère, quand on rit et que l’on pleure rapidement après. Ce sont des émotions très proches, le rire et les larmes. L’expression dit bien que l’on pleure de rire… »

 

Christelle Chollet, « Le 3e spectacle ». Le 2 avril à Chécy, à l’espace George Sand, à 20 h 30. Locations ouvertes dans les points de vente habituels.

 

 

 

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