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L’école à la maison, cette inconnue

En France, l’instruction peut se faire en famille. Un dispositif qui concernerait 62 000 enfants dans l’hexagone – dont au moins 300 dans le Loiret. Les parents impliqués sont vent debout pour défendre l’IEF, qui est actuellement dans le viseur du chef de l’État.

“L’obligation est d’amener les enfants au socle commun des connaissances à 16 ans”.

Si « l’école à la maison » sonne un peu comme « la ville à la campagne » rêvée par Alphonse Allais, ce n’est pourtant pas une utopie ! Pour des milliers de familles françaises, c’est une réalité… qui reste ignorée, ou du moins méconnue, d’une grande majorité de la population. Une présentation n’est donc pas superflue. Généralement, l’IEF voit un parent (ou les deux) se charger d’instruire ses enfants à domicile, selon un rythme qui leur est propre, mais pas en roue libre : un contrôle a lieu tous les deux ans par la mairie, pour connaître les raisons de ce choix, et tous les ans par l’inspecteur académique, qui évalue l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini par l’Éducation nationale. Quant aux motivations qui animent les familles, citons des raisons philosophiques (respect des rythmes, refus de la compétition), pédagogiques, ou encore le profil atypique de l’enfant (haut potentiel, autisme), une souffrance dans le cadre du système scolaire*…

L’IEF, c’est le quotidien de Virginie Vaussion, membre du collectif IEF-Loiret, et de ses enfants : « Ma fille est sortie du système scolaire traditionnel à 14 ans parce que ce n’était pas pour elle. Or, on pouvait faire autrement. À cette époque-là, mes jumeaux devaient entrer à l’école. J’ai creusé la piste de l’IEF, que je ne connaissais pas alors, comme beaucoup de gens. Les écoles alternatives n’existaient pas à Montargis – où nous résidons – ou ne convenaient pas. »

Contrôles stricts

À Virginie, qui a créé par ailleurs une école hors contrat, la noble mission d’instruire. « Il faut être passionnée. Si vous ne l’êtes pas, vous ne restez pas à la maison avec vos enfants 24h/24, je vous assure (rires) ! » Beaucoup d’investissement personnel, de recherche, pas de programme officiel à suivre. « Vous êtes libre, il n’y a pas besoin d’avoir de diplôme particulier pour enseigner à ses enfants. On a l’obligation d’instruire, pas d’avoir de bons résultats. Pas plus que les enseignants dans les écoles. » Mais si les enfants n’ont officiellement pas obligation d’être “bons”, il est vrai que si certains tardent à lire, les parents devront prouver qu’ils ont tout mis en place pour y arriver. « Lors du premier contrôle, si celui-ci s’avère négatif, les parents reçoivent un rapport leur proposant un second rendez-vous dans le mois. Au second rendez-vous, si aucun progrès n’est constaté, alors les parents reçoivent une mise en demeure de scolariser leur enfant dans l’établissement de leur choix dans les quinze jours. » Sinon, la sanction peut aller jusqu’à six mois de prison et 7 500 € d’amende.

Un programme personnalisé

L’obligation, car obligation il y a, est d’amener les enfants au socle commun des connaissances à 16 ans, de palier en palier, cycle après cycle (maternelle, CP-CE1-CE2, CM1-CM2-6e, etc.). Le passage du brevet ou du bac n’est pas obligatoire, mais peut se faire en candidat libre. Ajoutons que les parents désireux de se lancer dans l’IEF mais qui craindraient de ne pas avoir les compétences nécessaires peuvent faire appel au Cned ou à des cours privés par correspondance qui s’alignent sur les programmes, de manière plus ludique que l’école traditionnelle. « Ou faire comme moi, c’est-à-dire composer mon propre programme à partir de quelques supports, le tout étant présenté en projet pédagogique à l’inspecteur », indique Virginie, qui ne se considère surtout pas comme opposante à l’école classique. Mais veut simplement poursuivre ce système qui lui convient parfaitement, et qui convient à ses enfants, sans qu’il ne dérange personne.

*Sur les 62 000 enfants déscolarisés, un tiers suivent les cours à distance (Cned) pour différentes raisons (enfants handicapés, familles qui voyagent, enfants qui pratiquent un sport de haut niveau…). Parmi les 40 000 autres enfants, instruits à domicile, 85 % sont en primaire, 13 % en collège et 2 % au lycée. Et pour beaucoup, il ne s’agit que d’une étape transitoire.

Menace sur l’IEF

Depuis des mois, l’Instruction en Famille (IEF) est dans le collimateur du chef de l’État qui souhaite durcir les conditions d’accès à ce dispositif qui éloignerait trop d’enfants de l’école républicaine. Clairement, c’est le risque de radicalisation, principalement islamiste, qui est visé. À partir de là, tout le monde étant mis dans le même sac, haro sur l’IEF ! Haro aussi, se récrient les défenseurs de cette dernière, sur le principe républicain de liberté d’enseignement. Le 6 avril dernier, l’article 21 du projet de la loi « confortant le respect des principes de la République », qui conduirait à ce que l’IEF ne soit plus autorisée que par dérogation, sur autorisation et dans des conditions précises – ce qui sonnerait le retour de la plupart des enfants concernés à l’école – était supprimé par le Sénat. Victoire pour les familles concernées ? Pas si vite : la question devait revenir en juin devant l’Assemblée nationale, qui voudra sans doute rétablir le texte d’origine… Les collectifs « anti-article 21 » se préparent à saisir le Conseil constitutionnel.

Sébastien Drouet

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