L’émancipation des femmes par le sport : Un vrai combat !

« S’émanciper : se libérer d’un état de dépendance ; s’affranchir des contraintes sociales, des préjugés » (Larousse.) Dépendantes des hommes, les femmes l’ont longtemps été, et continuent de l’être dans plusieurs pays, ou même chez nous, dans certains bastions. La lutte n’est donc pas terminée, mais force est de constater que le XXe siècle a été celui de l’émancipation féminine à travers le sport. Une course d’obstacles, step by step, tant les responsables politiques, sportifs ou autres ont pesé de tout leur poids pour empêcher la montée des femmes sur les podiums… ou tout simplement leur entrée dans les stades.

Le salaire mensuel moyen d’une footballeuse pro en France est d’environ 2 500 euros brut par mois, contre 73 000 euros pour un footballeur de ligue 1. Soit un écart de 1 à 30 qui a une explication : la télévision, les médias, les sponsors, tous étant liés les uns aux autres, n’ont pas encore focalisé leur attention sur les joueuses, à la différence des hommes qui sont autant de panneaux publicitaires et de mannequins pour les clubs. Pas encore d’égalité salariale, donc, mais pour les femmes fans de foot, au moins, la possibilité de pratiquer au plus haut niveau leur sport favori, ce qui n’a pas toujours été le cas, loin de là. Et pas qu’en foot…

Une « menace pour l’ordre »

Pour les femmes, le sport a été et est encore bien plus qu’un loisir. C’est un moyen d’être libre en bravant les traditions, en faisant tomber les barrières, en s’affranchissant des contraintes religieuses ou culturelles*. Pratiquer une discipline longtemps réservée aux hommes, c’est s’affirmer au sein de la société et de sa propre famille. Mais c’est aussi constituer une menace pour l’ordre d’un monde fondé sur la hiérarchie sexuelle et la domination masculine. Pour obtenir ce droit, qui paraît évident aujourd’hui, elles ont dû faire sauter trois puissants barrages : celui du milieu sportif masculin, pas très content que l’on vienne marcher sur ses plates-bandes ; celui de la société, pour qui les femmes étaient des ménagères et des reproductrices ; et celui du milieu médical, qui jugeait certains sports dangereux pour les femmes, mettant en avant la nécessité de préserver leurs organes de reproduction, justement** !

La montagne, ça nous gagne

En tout cas, en France, en 1900, tout était fait pour les maintenir loin des stades. À l’école, l’activité physique était obligatoire… pour les garçons. Les filles, promises à d’autres tâches, devaient s’en passer***. On trouve tout de même quelques pionnières – dont on mesure le mérite –, dans quelques sports, la natation et les sports d’hiver en premier lieu. La montagne fut en effet le théâtre des premiers exploits sportifs féminins, antérieurs à la Belle Époque puisque Marie Paradis gravit le Mont-Blanc en 1808 ; la première française championne de ski fut Hélène Simond en 1908, un an avant les premiers exploits sur patins à glace d’Yvonne Lacroix, deux avant ceux de Marie Marvingt (par ailleurs pionnière de l’aviation) en bobsleigh ! La suite a-t-elle été une formalité ? Pas du tout : ce n’est qu’en 2014, aux JO de Sotchi, que les femmes ont été admises au concours de saut à ski. Entre les deux dates, 1900 et 2014, combien de batailles menées ici ou ailleurs par des pasionarias telle Alice Milliat, créatrice de la Fédération des Sociétés sportives féminines de France ? Combien de luttes entre les deux guerres, et même après la Seconde, notamment dans les années 60, à l’apogée de la femme ménagère ?

Vers une quasi-parité

Les Jeux Olympiques ont longtemps été une citadelle masculine. Ceux de 1896, considérés comme la première olympiade moderne, furent marqués par l’exclusion des femmes, qui prendront part pour la première fois aux Jeux Olympiques modernes à Paris, en 1900. Cette année-là, 22 femmes sur les 997 athlètes en lice concourent dans cinq disciplines uniquement : le tennis, la voile, le croquet, les sports équestres et le golf. En 1908, elles sont 37 compétitrices à Londres, inscrites au tir à l’arc, au patinage artistique, à la voile et au tennis. Le sport féminin, « c’est inintéressant, inesthétique et incorrect ! », s’étrangle le célèbre Pierre de Coubertin, président du Comité international olympique****. Surtout, les hommes craignent que les femmes ne les délogent de leurs positions une à une. Qu’importe, le mouvement progresse : en 1920, elles sont 65 concurrentes pour… 2 626 concurrents. Suzanne Lenglen fait des merveilles au tennis, tandis qu’en 1922 ont lieu, à l’initiative d’Alice Milliat, les premières (il y en aura trois autres) olympiades exclusivement féminines. Finalement, les JO hommes et femmes seront organisés en même temps. En 1928, l’athlétisme et la gymnastique s’ouvrent aux femmes (elles sont alors 277 sur un total de 2 883 participants). Sport après sport, les jeux se féminisent. En 1976, c’est au tour de l’aviron, du basket et du hand. En 2016, 45 % des athlètes sont des femmes ***. Presque la parité, objectif affiché des prochains JO, la charte olympique promettant d’« encourager et (de) soutenir la promotion des femmes dans le sport à tous les niveaux et dans toutes les structures, dans le but de mettre en œuvre le principe d’égalité entre femmes et hommes ». Surtout que ces derniers participeront peut-être aux épreuves de gymnastique rythmique et de natation synchronisée, jusque-là exclusivement féminines. Le Grand Bain est passé par là !

* S’émanciper par le sport, exploser les stéréotypes de genre, sur theconversation.com

** Le sport vers le féminisme. L’engagement du milieu athlétique féminin français au temps de la FSFSF (1917-1936), par Nathalie Rosol dans Staps 2004/4 (n° 66)

*** L’émancipation de la femme par le sport, article de Rosine Lagier dans le magazine Lion du Lion’s club international (juillet-août 2017)

**** Le CIO compte aujourd’hui autant de femmes que d’hommes parmi ses membres

Sébastien Drouet

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