Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Les vacances pour quoi faire ?

Ça y est, on y est presque ! L’été, synonyme de soleil, de farniente, de plages, de barbecues et autres clichés solidement ancrés – et pourtant bien réels –, arrive à grands pas. Mais pourquoi cette excitation pour les vacances estivales, alors que nous prenons des congés toute l’année ?

 

Savez-vous précisément ce que signifie le mot « vacances » pour les statisticiens ? Selon l’Organisation mondiale du tourisme, c’est « l’ensemble des déplacements d’agrément d’au moins quatre nuits consécutives hors du domicile ». « En sont donc exclus, nous informe l’Insee, les déplacements professionnels, les voyages d’études, les séjours motivés par la maladie ou le décès d’un proche, les séjours de santé dans des établissements spécialisés, les courts séjours d’agrément (deux ou trois nuitées) et les week-ends réguliers. »

Les vacances concernent aujourd’hui 65 % des Français, contre 43 % au beau milieu des années 60. Les plus de 65 ans, camping-caristes de compétition et grands amateurs de croisières, sont ceux qui partent le plus longtemps au cours de l’année (37 jours en moyenne), mais les plus nombreux à partir sont les jeunes âgés de moins de 20 ans (72 % en 2004), dont la moitié sans leurs parents. Les plus de 20 ans partent, mais en moins grand nombre : c’est l’âge des petits boulots. Si on leur demande « à quoi servent les vacances ? », ils nous répondent : « À bosser ! » Pas très fun…

 

Cinq séjours par an

C’est plus fort que nous : quand on pense « vacances », on voit « été ». Alors que depuis 1979, la part de l’été dans les congés ne cesse de diminuer – tout en restant majoritaire. Désormais, on prend des vacances à la Toussaint, à Noël, quelques jours en février, une petite semaine à Pâques… Les séjours sont nettement plus nombreux qu’autrefois – les chanceux s’en offrent quatre ou cinq par an désormais –, mais la durée moyenne d’une villégiature est de moins en moins longue : 11,8 jours en 2004 contre 19,6 en 1964.

En 2007, la moitié des nuitées ont eu le littoral pour cadre, avec la région Provence-Alpes-Côte d’Azur en tête, suivie du Languedoc-Roussillon, de la Bretagne, et de l’Aquitaine. Et c’est en famille que se déroulent généralement nos vacances : c’est le cas pour 39 % des Français – 66 % parmi ceux qui ont des enfants. 31 % partent en couple, 21 % entre amis (41 % parmi les plus jeunes), 5 % seuls et 3 % avec des inconnus*. Pourquoi de telles proportions ? « Le cœur des vacances, c’est l’affection, indique le sociologue Jean-Didier Urbain**. C’est le temps où l’on se retrouve. Le couple renoue avec l’intimité en dehors du rythme de l’année contraint par les emplois du temps et le travail. La famille se réunit. Les amis partagent un barbecue ou une partie de pétanque. Les jeunes découvrent l’amour. »

 

Les balades d’abord !

Selon une étude de www.boat-booking.com, les Français, qui, pour leurs vacances d’été, plébiscitent la mer à 55 % – montagne et campagne suivent à 19 et 18 % –, privilégient les activités suivantes (dans l’ordre) : balades dans la nature, repos, retrouvailles en famille, baignade/plage, visites de villes/musées, sport, gastronomie, sorties/fêtes, bronzage, parcs de loisirs, concerts/théâtre/festivals, jardinage/bricolage/pêche, shopping… Autant d’idées qu’ils piochent d’abord sur les réseaux sociaux, puis (dans l’ordre toujours) sur des sites d’agences de voyage, auprès d’amis, sur les sites d’offices de tourisme, dans des brochures, dans des magazines, et enfin, à la télé.

Balades, repos et baignade au programme des vacances d’été, donc, tandis que les activités culturelles arrivent assez loin derrière. « Le baromètre annuel Ipsos-Europ Assistance montre que l’envie de découverte en été est secondaire, nous dit Jean-Didier Urbain. 60 % des Européens, qu’ils soient français, allemands, hollandais, espagnols, etc., considèrent les vacances d’été comme un moment privilégié pour se retrouver entre soi. Le tourisme d’exploration a lieu à d’autres dates, pas en été. Son point culminant, c’est février. C’est le moment des grands voyages, des circuits. C’est aussi le cas à Pâques. »

À chaque période de vacances son utilité, en somme. Ainsi, le sociologue Jean Viard, lui aussi grand spécialiste de la question, considère les vacances d’été comme un moyen de passer d’une année à une autre, de tourner une page pour en écrire une encore inédite. Dès lors, on pourrait presque affirmer que la nouvelle année commence aux alentours du 20 août, et non pas le 1er janvier…

 

Sources : chiffres Insee, sauf mention particulière.

* Sondage Harris Interactive pour voyages-sncf.com, juin 2012.

** Sur atlantico.fr en juillet 2013.

 

 

Pauline en vacances

 

© DR
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« En été, je privilégie les vacances en France, généralement entre amis ou en amoureux à la montagne. Une semaine à la montagne, une semaine du côté de Nantes pour voir mes parents et mes frères et sœurs, et une semaine dans l’Orléanais pour profiter de la Loire à vélo et des atouts de notre région.

Mes activités favorites : randonnées, baignade, sports extrêmes, mais aussi farniente et apéro. La journée type : rando avec pique-nique, du matin jusqu’en milieu d’après-midi, puis balade, baignade, pour finir par un barbecue. Mes vacances sont l’occasion de faire un break, d’être dépaysée et de revenir les batteries chargées. J’ai du mal à casser la routine les premiers jours, mais ensuite, c’est vacances à 100 % !

Hormis l’été, je prends généralement quelques jours en mai-juin pour partir à l’étranger, puis quelques jours en octobre-novembre. Avec l’aéroport de Tours qui permet d’aller au Portugal, en Corse ou en Angleterre, les courts séjours sont facilités. La situation d’Orléans, avec la proximité de Paris, permet elle aussi de partir rapidement à l’étranger. En fait, je pars régulièrement, mais pour des séjours de 3/4 jours. Cela fait du bien de déconnecter. Une nuit à ne pas dormir chez soi, ça fait déjà un bien fou dans notre routine.

Je n’oublie jamais mon smartphone, indispensable. Mais je sais l’utiliser avec modération pour profiter des vacances. Et non, je ne poste pas des photos tous les jours. J’utilise plutôt Facebook comme un outil d’information sur les événements culturels qui se déroulent à Orléans, les musiques à écouter, les pièces à ne pas louper… mais aussi les informations générales, car je ne regarde pas les journaux télé. J’aime bien aussi voir où mes amis partent en vacances et commenter leurs photos de doigts de pied sur la plage. »

 

 

« Prendre des vacances,  c’est se séparer de la société »

 

Jean-Didier Urbain est docteur en anthropologie sociale et culturelle, professeur à Paris-Descartes, mais aussi sociologue spécialiste du tourisme.

© DR
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Que signifie le terme « vacances » ?

Autrefois, c’était la période qui correspondait aux moissons en été ; dans la société rurale, l’école fermait pour permettre aux enfants d’aider les parents aux champs. Alors qu’avant, c’était du temps utile, les vacances sont devenues du temps libre donné par la société à chaque citoyen pour avoir un moment à soi, un temps dont on peut disposer à des fins personnelles, familiales ou amicales. Avec l’industrialisation de notre société, on s’est rendu compte que les gens se fatiguaient, avec la production à la chaîne, l’urbanisation, etc., et qu’il fallait donc leur accorder du temps libre. Non par philanthropie, mais pour reposer la force de travail.

 

À quoi servent les vacances de nos jours ?

En France, on ne travaille plus dans les mines et de moins en moins à la chaîne, mais nous avons des métiers stressants, qui sont de l’ordre du relationnel, du conflictuel, qui sont extrêmement usants psychologiquement. Il faut donc se déconnecter, se débrancher, rompre avec un certain quotidien. Le vrai luxe est de ne pas avoir, pendant un certain temps, de téléphone portable ni d’ordinateur, pour être à l’abri de ce « harcèlement communicationnel », avec cette obligation de répondre sans arrêt à des messages, à des sollicitations. Les vacances apparaissent comme un paradis où l’on suspend les communications. C’est le droit de ne plus communiquer, ou de ne communiquer qu’avec ceux que l’on a choisis. Le produit touristique qui marche le mieux actuellement, c’est celui qui « isole ». Ce qui nous renvoie à « île »… La société a les vacances qu’elle mérite. Mais les vacances aujourd’hui, c’est se séparer de cette société… Voyez leur côté furtif : on part en catimini, sans prévenir, on trompe tout le monde avec le répondeur, pour avoir la paix.

 

Furtives et de plus en plus courtes…

Oui ! On part plusieurs fois, on fait des courts séjours, on va visiter une grande ville le temps d’un long week-end. C’est devenu très ordinaire, alors que c’était impensable il y a 40 ans. Et pourtant, quand les vacances se sont démocratisées, on a parlé du modèle français : une fois dans l’année, en juillet ou en août, ou à cheval sur les deux mois, on partait 28 jours d’affilée au même endroit. On partait, ou du moins on prenait des vacances : dans les années 60, seuls 40 % des Français partaient, contre 85 % au milieu des années 2000, et 65 % aujourd’hui ; une érosion due à la crise. J’ajoute que « partir en vacances », c’est un peu angélique. Il ne faut pas croire que 100 % des Français veulent partir. Il y a des gens pour qui les vacances, c’est rester chez soi, c’est s’occuper du jardin, se replier. Cette parenthèse étant refermée, précisons que les vacances d’été sont en général des moments de regroupement. On profite de l’été pour retisser des liens avec des gens qu’on n’a pas eu le temps de voir le reste de l’année. Le barbecue, ce n’est pas que faire cuire de la viande sur le feu : c’est surtout être ensemble. Et puis, en été, le beau temps vient chez vous, vous n’avez pas besoin d’aller le chercher. Si, désormais, le temps des « grandes vacances » telles que les gens de ma génération les ont connues est terminé, on a gardé la valeur affective de l’été, de ce moment particulier…

 

À lire de Jean-Didier Urbain

Les vacances, Paris, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2002
Le voyage était presque parfait, Paris, Payot, 2008
L’envie du monde, Paris, Bréal, 2011

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