Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Ma fille, ma bataille

Le couple “mère-fille” n’a pas fini d’intriguer. Essayons de comprendre ce qui se cache derrière cette relation complexe, qui peut être destructrice quand les mots et les attitudes perdent toute mesure…

 

Bien sûr, toute mère qui se respecte aime son enfant, quel qu’il soit. Ce postulat étant posé, penchons-nous sur la relation « mère-fille », loin d’être anodine puisque l’objectif inconscient de la mère est de poursuivre, à travers sa fille, « sa propre immortalité », selon le pédiatre Aldo Naouri.

Un modèle qui se transmet ?

Généralement, et plus ou moins inconsciemment, la mère veut que sa fille lui ressemble ; elle recherche sa propre image en elle, tandis que la fille trouve dans le regard de sa mère consolation, édification, y voit si ce qu’elle commet est permis ou défendu. Cela se reproduira de génération en génération. Les attitudes, elles aussi, tendent à se répéter, et l’histoire à bégayer, mais la chose est plus complexe. Aldo Naouri souligne qu’ « un destin ne peut se comprendre que sur trois générations au moins car la relation mère-fille dépend de la relation vécue par la mère avec sa propre mère ».

De quoi la mère a-t-elle peur ?

De voir sa fille s’envoler du nid ! Sa naissance a été un bonheur, évidemment, mais aussi une frustration, car, écrivent Joseph et Caroline Messinger, « sa fille lui échappera, rejoindra un mari, une autre famille, un autre modèle, et portera peut-être un autre nom ».

Trop, c’est trop !

Tout faire pour sa fille, c’est normal, à condition de ne pas l’étouffer : la fille ne pourra jamais se réaliser tant que la mère croira contrôler son avenir en faisant « tout pour sa petite chérie ». Et puis, un jour, elle disparaîtra : que deviendra la fille sans son « guide » ? Derrière ce sacrifice se cache en fait pour la mère, selon les psys, le désir d’avoir une fille qui aura besoin d’elle le plus longtemps possible. Elle garde ainsi son assise, son pouvoir sur sa créature.

Maman copine : attention, danger…

Cela peut paraître sympa, à première vue, mais la mère ne cherche-t-elle pas, en se présentant comme une « copine » de sa fille, à recueillir des confidences qu’elle n’a pas à connaître ? Parfois, il s’agit pour la « copine » d’un moyen de ne pas vieillir, ou de vivre une relation fusionnelle, ou, pire, de vivre l’existence de la fille par procuration. Dès lors, elle ne joue plus le rôle protecteur qui lui est en principe dévolu. Sans oublier qu’elle peut, en étant « copine » jusqu’à un certain point, se poser en concurrente. Avant que l’âge ne la rattrape, inexorablement…

La question DU PETIT COPAIN

C’est tout l’un ou tout l’autre : « Quand la fille n’est pas précoce, la mère s’inquiète du retard de sa sexualité », écrivent Joseph et Caroline Messinger. Dans ce dernier cas, c’est choquant pour la jeune personne, qui ne conçoit pas que sa mère la pousse à avoir des rapports amoureux. Cela dit, s’il n’y a aucune communication sur ce plan-là, le risque est grand de voir une jeune fille adopter une conduite libertine, pour choquer la mère trop prude ou intolérante, voire se lancer dans une sexualité non-protégée. L’amour ? Parlez-en, mais sans demander avec qui…

A LIRE

Les filles et leurs mères, Aldo Naouri, Odile Jacob
Entre mères et filles. Les mots qui tuent, Joseph et Caroline Messinger, Flammarion

TEMOIGNAGES

© MZ Moser
© MZ Moser

MANOUCHKA ET LOLA

« Je suis metteur en scène et comédienne, raconte Manouchka. Lola a 20 ans, et elle est comédienne. Nous avons réalisé plusieurs projets ensemble, nous venons d’en créer un nouveau*. Lola a commencé le théâtre dans un atelier que j’animais ; j’ai vu qu’elle était extrêmement douée. J’ai quatre enfants, c’est la seule qui soit attirée par ce domaine artistique. J’aime autant tous mes enfants. Sauf qu’avec Lola, nous partageons la même passion, c’est fabuleux. Mais en tant que metteur en scène, je suis avec elle comme avec les autres comédiens, j’ai un oeil de professionnelle, pas de maman. Tandis qu’elle, elle me rudoie facilement (rires) ! « Nous sommes très complices, déclare de son côté Lola. Je dis tout à ma mère, c’est elle que j’appelle en premier quoi qu’il m’arrive, et depuis toujours. C’est ma meilleure amie, mais en restant tout de même ma mère ; nous faisons bien la part des choses. Et si j’exerce le même métier qu’elle, ce n’est pas forcément pour lui ressembler : toute petite, je m’amusais à créer des spectacles avant d’avoir vu les siens… »

*« Entrez et fermez la porte », le 30 mai à la salle de spectacles de Saint-Jean-le-Blanc.

© MZ Moser
© MZ Moser

DELPHiNE ET HEATHER

« Avec ma fille de 7 ans, déclare Delphine, nous sommes très proches, nous avons des goûts similaires. C’est une vraie fifille qui adore le rose, les paillettes, les vêtements… Nous partageons beaucoup de moments ensemble : shopping, lecture, jeux vidéo, parcs d’attractions, gastronomie (son papa est cuisinier)… Je suis contente qu’elle me ressemble, je voulais vraiment avoir une fille après avoir eu un garçon. Quand je fais quelque chose, elle me regarde et essaie de faire pareil. Mais si nous sommes complices, je ne suis pas « copine » ; je tiens à garder mon rôle de maman. Notre relation est très différente de celle que j’ai vécue avec ma mère. Elle n’aimait pas le shopping, ni les vêtements. Nous n’avions aucun goût en commun… Mon fils, Jason, arrive à un âge (11 ans) où il se rapproche de son père. Ils pratiquent le hockey sur glace tous les deux. Heather, elle, a choisi la danse classique, après deux ans de patinage artistique. Mais elle a arrêté : elle est frileuse, comme moi ! »

© MZ Moser
© MZ Moser

SUZANNE ET ALINE

« Physiquement, Aline (29 ans) et moi nous nous ressemblons beaucoup, évoque Suzanne. Nous avons été complices et en conflit, selon les moments de la vie… L’adolescence a été une période difficile, quand elle a trouvé son copain, etc. C’était une étape à franchir : désormais, nous avons des rapports de femme à femme. Notre relation est très différente de celle que j’ai vécue avec ma mère, il n’y avait pas de communication, pas d’écoute, pas de partage. Je n’ai surtout pas voulu reproduire cela. Aujourd’hui, je veux être présente, en soutien, mais pas envahissante. Aline est très drôle, très positive, ce qui lui sert dans son métier d’éducatrice spécialisée. Je la remercie d’avoir été présente pour m’épauler pendant la maladie de sa grand-mère. Elle a su me remplacer quand j’avais besoin de souffler… Nous avons une vraie force de caractère et nous souhaitons réaliser ensemble l’aventure de Pékin express, pour nous découvrir encore plus et différemment. »

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