Médecin du coeur

© Léonard de Serres © Léonard de Serres

Chaque année, Aude Humeau-Commin assure 700 consultations dans son cabinet de l’entraide ouvrière, près des halles. Cela concerne 350 patients sévèrement esquintés par la vie. « Ce sont eux les vrais courageux, dit-elle. Moi, je ne fais que mon métier. »

 

Sur le mur, près de son bureau, elle a accroché quelques dessins offerts par les enfants des patients. Un dessin, c’est tout ce qu’ils peuvent lui donner. Parfois, c’est une tablette de chocolat, mais elle ne demande rien. La mission du docteur Aude Humeau-Commin et de l’Entr’Aide, c’est justement d’accueillir et de soigner ceux qui n’ont rien, envoyés par d’autres associations, ou amenés par les infi rmiers en maraude. Aux deux tiers, ce sont des réfugiés en provenance de tous les points chauds d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Europe. L’autre tiers est constitué de Tourangeaux de souche tombés dans la rue à cause d’un boulot perdu, d’une situation familiale compliquée ou d’un traumatisme psychique. D’où la présence d’une psychiatre, le mercredi après-midi. Beaucoup ont des histoires terribles à raconter. Ou du moins à exprimer. De même, pas facile de trouver les mots pour décrire les maux… « Avec les migrants forcés, nous communiquons en parlant anglais, quand c’est possible, sinon avec des dessins, des mimes », explique Aude, salariée ici à mi-temps. Arrivée à Tours en 2008, recrutée par Guy-Noël Teinturier, fondateur du pôle médical, le docteur Humeau-Commin a remplacé les termes « plan de carrière » par le mot « altruisme »…

Quart-monde au quotidien

Jusqu’au dernier moment, elle a hésité. Aude a choisi la médecine le matin des inscriptions, tentée qu’elle était par le métier d’avocate, « pour aider les gens, là aussi… ». Formée à Nantes puis à Paris, elle a découvert les milieux précaires pendant son internat, aux urgences de Lariboisière, puis à l’hôpital de Bobigny. « Là, j’ai pris une claque, confi e-t-elle. C’est le quart-monde. Il faut le vivre pour le comprendre. Cela a développé mon empathie, et m’a permis de mesurer ma chance. » Un stage a suivi, à la Goutte d’Or à Paris, avant de présenter sa thèse et de prononcer, une fois reçue, le serment d’Hippocrate, « l’acte fondateur de notre profession. Tous les jours, nous devons le respecter ». Aude se sent parfaitement à sa place à l’Entr’Aide Ouvrière, au milieu d’une « super équipe » qui aurait bien besoin de médecins bénévoles supplémentaires pour remplir les créneaux horaires restants… et pour épauler notre docteur récemment mise à l’honneur par le journal Le Généraliste, qui lui a décerné, le 3 juillet dernier, le prix de l’Investissement humanitaire. Un trophée qui n’est pas pour rien dans la venue de la ministre de la Santé le 20 septembre dernier à la fête de l’Entr’Aide Ouvrière. « C’était une très bonne journée, cela a donné une image joyeuse de l’association », sourit Aude. Derrière la porte, les patients s’impatientent ; il est temps pour nous de prendre congé. Nous posons un dernier regard sur les dessins accrochés au mur. L’un d’eux sort du lot. C’est l’oeuvre d’une petite fi lle qui a mis tout son coeur pour dessiner son unique cadeau de Noël dernier. Une boîte de soda.

Entr’Aide Ouvrière, pôle social et médical (CASOUS et SIAO), 2 place Jean Meunier à Tours – 02 47 05 48 48 – casous.social@entraideouvriere.org