« Pour faire cette musique, il faut du caractère ! »

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Son père n’est autre que Jesus « Aguare » Ramos, tromboniste et directeur musical du mythique Buena Vista Social Club ! Traçant sa propre route, entre reggae, rap et nueva cumbia, la chanteuse et instrumentiste Yaité, alias La Dame Blanche, s’arrêtera à Orléans le 26 avril pour un concert à n’en pas douter envoûtant.
Propos recueillis par Sébastien Drouet

 

Pourquoi ce nom, La Dame Blanche ?
Dans de nombreuses cultures, on connaît cette histoire de dame mystérieuse qui hante les rues… Je ne suis pas si mystérieuse, j’ai surtout voulu faire un clin d’œil à mes ancêtres, mais aussi à ma religion, la santeria. C’est la religion afro-cubaine, dans laquelle on allume un cigare à chaque cérémonie. Je rentre sur scène avec un cigare, allumé ou non, ça dépend si on m’y autorise.

Vous êtes la fille du leader de l’orquesta Buena Vista social club. J’imagine que vous faites de la musique depuis toujours…

J’en suis très fière ! Mais il n’y a pas que mon papa qui soit musicien, ma famille compte de nombreux musiciens connus dans le monde. Je suis née dans cette ambiance, avec des musiciens, des instruments, des rythmes, des mélodies. C’est notre passe-temps préféré ! Dans le rituel de la journée, il y a toujours de la musique. 

 

Pourquoi avoir choisi de vous installer en France ?
Pour l’amour tout d’abord ! Je suis arrivée il y a 18 ans. Je suis tombée enceinte très vite lors d’un de mes voyages à Paris, et je suis restée. On se sent très bien à Paris, on peut jouer beaucoup de styles très différents, avec plein de gens. Quand je suis arrivée en 2000, la salsa était à la mode, c’était une opportunité pour moi. C’est comme ça que j’ai rencontré énormément de musiciens. Je retourne très souvent à Cuba, j’y ai enregistré des musiques, mais j’ai fait mes derniers albums en France, chez Philippe

Cohen-Solal (Gotan Project). 

 

Est-ce vraiment du jazz que vous faites, avec les deux musiciens qui vous accompagnent ?
Je viens du latin jazz, mais la Dame Blanche a cassé la routine : je fais du hip hop latin, cubain, urbain. C’est un éventail de plein de sons latins, avec des paroles qui donnent une personnalité spéciale à la Dame Blanche. Je m’éclate bien !

 

Est-ce particulier d’être une femme dans ce milieu musical ?
Les femmes ne sont pas toujours à l’aise dans les milieux rap ou hip-hop. Moi je le suis, j’ai un discours, je vais droit au but. Quand on n’a pas peur de ses propres mots, on se sent bien. Mais il faut du caractère (rires) !

 

Vous proposez une musique internationale, mondiale ; le monde entier peut vous écouter ! Vous produisez-vous ailleurs qu’en France ?
Je travaille avec Marc « Babylotion » Damblé (ndlr : ingénieur du son de Sergent Garcia, Amadou & Mariam, Orishas et bien d’autres), ici pour l’instant. On tient à notre indépendance, nous ne sommes pas ouverts au grand business, on ne veut pas vendre notre âme au diable. On se sent bien comme ça, sinon on ne serait plus libres de nos chansons.

 

Jeudi 26 avril, à 20 h (il y aura deux concerts ce soir-là, l’autre étant assuré par Richard Bona et Mandekan Cubano). Théâtre d’Orléans, salle Touchard, 35 €/25 €. Festival Jazz or Jazz, du 24 au 28 avril, à suivre sur www.jazzrjazz.fr et sur Facebook, @lascenenationaledorleans