Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Si le monde devient un couteau suisse, qui va tenir le manche ?

Je viens d’apprendre que le vieux lion de la MGM s’est fait bouffer la crinière par Amazon. La société de Jeff Bezos s’est offert l’institution iconique du cinéma mondial pour près de 9 milliards de dollars.

Les nouveaux maîtres du monde seront ingénieurs avec des objectifs ambitieux

Fondée par Louis B Mayer, et propriétaire de films tels que Ben Hur, Autant en emporte le vent, Rocky ou James bond, la Métro Godwin Mayer vient d’être rachetée par le leader de la vente en ligne, un petit cadeau pas si cher que ça au regard des 300 milliards de dollars que pèse la marque Amazon. Mais qui aurait pu parier en 1920, alors que Monsieur Mayer était l’homme le mieux payé d’Amérique, qu’il figurerait sur l’étalage d’un épicier virtuel entre les pêches et les boulons ?

Il y a encore peu de temps – au regard de l’histoire économique –, c’était le cœur de métier qui était le nerf de la guerre, deux organes qui légitimaient la réussite de tel ou tel intervenant. La réussite d’une entreprise était motivée par la qualité ou l’unicité de son savoir-faire. Sa reconnaissance, sa longévité, passaient par sa créativité et celle-ci était entièrement dédiée à sa spécialité.

Il semble que désormais la plus-value d’une entreprise soit principalement sa faculté de créer un pôle aimanté qui attire d’autres sociétés moins fortes, même si celles-ci ont peu de rapports entre elles.

Par exemple, tous les smartphones aujourd’hui sont munis d’une horloge ou d’une boussole, alors pourquoi ne pas inverser les savoirs et imaginer que le leader de la boussole devienne le nouveau pape de la téléphonie ? Pour les horloges, moins de chance car Apple a déjà squatté le marché avec l’Apple Watch, en attendant l’Apple Car, l’Apple Meal, l’Apple Cola, l’Apple Banque, l’Apple Pétanque, voire peut-être un jour l’Apple Pomme.

Les nouveaux maîtres du monde seront ingénieurs avec des objectifs ambitieux, à l’instar d’Elon Musk, patron de Tesla et de Space X, qui veut changer le monde, faire perdurer l’humanité en installant des colonies humaines sur Mars. D’autres, comme James Dyson, ont des objectifs moins ambitieux mais plus quotidiens, comme préserver le bien-être du quidam en imaginant des aspirateurs sans fil, des ventilateurs sans pale et des lisseurs à cheveux sans fourche, en attendant de produire des appareils sans appareil.

Ou alors, les nouveaux maîtres du monde seront chimistes comme les nouveaux multimilliardaires, propriétaires de laboratoires, dont la Covid a contaminé les comptes en banques avec un variant multipliant le nombre de zéros. Est-ce ceux-ci rachèteront machin, qui a lui-même racheté truc depuis que bidule a vendu ? Si les hypothèses sont multiples, une chose est sûre cependant : le monde sera un couteau suisse et la bataille pour devenir le propriétaire du manche sera rude.

Mais attention, cette soif de conquête n’affecte pas que la déontologie des géants. J’en veux pour preuve mon charcutier qui vend des desserts depuis que mon boulanger vend des entrées. Cette crue d’ambition fait déborder les vases communicants de tout à chacun. Dans ce monde, la clôture du pré carré de l’un est foulée par l’autre. Il demeure quelques résistants, avec une seule spécialité inaliénable et irrévocable, comme mon maréchal-ferrant. Le seul problème reste que je n’ai pas de cheval !

Eric Lefranc

 

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