Traverser la crise actuelle avec philosophie

Quand le monde fait face à une réalité qui le dépasse, quand la vie des êtres humains est en jeu, les questions d’ordre philosophique refont surface. Ainsi cette période de peur, de panique et d’angoisse oblige-t-elle à remettre la pensée au centre de notre quotidien. Le questionnement qui apparaît à l’occasion de ce genre de situation est le quotidien des philosophes qui, depuis au moins 2 500 ans, interrogent le monde, s’en étonnent, et veillent à trouver des réponses.

Pour les philosophes, il ne s’agit pas de paniquer, il s’agit de comprendre ce qui se passe et plus particulièrement comment se comporter. Et dans le cas actuel, il y a ce paradoxe entre le repli sur soi et la solidarité. On nous dit d’être solidaires, mais cela ne fonctionne que si nous avons des comportements individuels. L’action individuelle, c’est se laver les mains, se protéger, être confinés. Nous devons faire bloc ensemble, mais cela ne peut passer que par des actes personnels. Cela renvoie au dilemme du Hérisson de Schopenhauer. Les interactions de la communauté, si l’on veut qu’elles soient sans risque, doivent se faire avec une distance correcte. Il faut donc trouver la bonne distance entre l’individu d’un côté et la communauté de l’autre, et ce n’est pas une évidence, nous n’avons pas cette habitude. C’est une question importante que d’essayer de trouver un espace de pensée entre la communauté et moi.

Le but de la philosophie dans l’antiquité est très clair : répondre au comment vivre ? Les stoïciens sont les plus pertinents dans ce cas, car leur philosophie est celle de l’acceptation. Ainsi nous dit Épictète : « Il y a des choses qui dépendent de nous et il y a des choses qui n’en dépendent pas. » Ce qui ne dépend pas de moi, par exemple, est ce virus devenu pandémique. Ce qui dépend de moi est la distanciation sociale, les règles d’hygiène, le respect de soi si l’on veut prendre soin des autres. Les stoïciens ont quatre vertus cardinales que l’on peut mettre en perspective. La première est la sagesse, savoir accueillir ce qui se passe avec calme et sérénité. Ne pas chercher un coupable et ne pas céder à la panique. La deuxième dimension est la justice. Par exemple, savoir interagir avec les autres, éduquer, montrer l’exemple, respecter les consignes. La troisième est la modération. Il s’agit à nouveau de ne pas céder à la panique de l’achat, contrôler ses impulsions, modérer ses plaisirs, par exemple ne pas chercher à sortir, à acheter ce qui n’est pas nécessaire. La quatrième dimension est le courage de prendre des décisions qui ne sont pas plaisantes, décider ce qui est bon pour le bien commun, avoir le courage de changer ses habitudes.

Nous devons retenir qu’au-delà de la crise, l’important est le travail sur soi. Cet autre apprentissage nous vient de Pascal qui disait que « le malheur des hommes est de ne pas savoir rester ou demeurer seul en repos dans sa chambre ». Oui, on a envie d’être en famille, de voyager, de fréquenter des amis, de partir en vacances. Mais tout cela n’est-il pas finalement que superficialité ? N’est-ce pas l’occasion d’apprendre à travailler sur soi et être capable de vivre en compagnie de soi-même ? N’est-ce pas l’occasion de réinstaurer un espace de pensées individuel et collectif ?

Xavier Pavie est philosophe, professeur à l’ESSEC, chercheur à l’Université Paris-Nanterre. Il a notamment écrit : Le choix d’exister (Les Belles Lettres), Exercices spirituels, leçons de la philosophie antique (Les Belles Lettres).

Par Xavier Pavie

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