Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Un mal, des mots

Franchement, aviez-vous déjà prononcé le mot « distanciel » avant 2020 ? Et un « geste-barrière », aviez-vous la moindre idée de ce que c’était, avant ? Avec le (ou la) Covid, un nouveau champ lexical est apparu, des termes ont quitté le domaine scientifique pour s’inviter dans le langage commun, certains ont été inventés pour l’occasion ou sont revenus d’un passé que l’on croyait révolu.

“Pourquoi alors dire « cluster » plutôt que « foyer »”

Souvent, ce sont les crises qui font apparaître des termes nouveaux. « La crise écologique, par exemple, a donné naissance à des mots simples ou des formules un peu plus complexes, comme “transition énergétique” ou “transition écologique” qui n’existaient pas, déclarait en 2020, sur une antenne de France Bleu, le spécialiste des langues Laurent Gautier. Ce sont en fait des résumés de sens (…). lls ne naissent pas des dictionnaires et encore moins de l’Académie française. » L’Académie, justement, qui décréta un beau matin qu’il fallait parler de « la » covid, en tant que maladie, plutôt que « du » covid. La polémique dura deux jours, le temps de passer à autre chose de plus important dans ce contexte de guerre contre le virus décrétée par le Président de la République qui, en l’occurrence, a utilisé un champ lexical guerrier. Au point de faire remonter à la surface un terme que l’on aurait voulu voir rayé des tablettes : « couvre-feu ». Car, en-dehors des néologismes, certains mots oubliés ont reparu pendant la crise sanitaire. C’est aussi le cas de la fameuse « bamboche », prononcée sur France 3 Centre par le Préfet de notre région en octobre 2020, mot désuet au possible qui a fait les beaux jours des chroniqueurs toujours friands de glissades lexicales, surtout quand elles viennent d’en haut…

Reste à savoir si ces vocables occuperont une place pérenne dans notre vocabulaire, s’ils seront utilisés dans d’autres circonstances. Ou s’ils retourneront dans l’oubli. Jusqu’à la prochaine crise ?

Lexique (non-exhaustif) :

Asymptomatique : On a le virus, mais sans montrer les symptômes de la maladie. Ce qui n’empêche pas de le refiler à son voisin. Rarement employé auparavant, sauf par les professionnels de santé, ce terme que l’on a tous prononcé au moins une fois depuis mars 2020 est né au milieu du XXe siècle.

Bamboche : Remise en selle par le préfet loirétain Pouëssel, cette « petite débauche », comme la définit le dictionnaire, avait complètement disparu des radars avant de faire le buzz. Quelque chose nous dit qu’elle s’est réinstallée durablement dans le langage. À quoi ça tient…

Cas contact : cette association de mots-là, de mémoire, on ne l’avait jamais vue. Depuis, elle symbolise l’une des grandes trouilles vécues pendant cette crise, celle d’avoir côtoyé un(e) covidé(e)… et donc d’être potentiellement atteint(e) par le virus. Donc soumis(e) à une quarantaine sans savoir si l’on est malade ou pas.

Cluster : Cet anglicisme désigne un foyer d’épidémie. Pourquoi alors dire « cluster » plutôt que « foyer » ? Pour deux raisons : d’abord par ce qu’il est employé depuis longtemps dans le monde des épidémiologistes, ensuite parce qu’il désigne précisément un petit groupe. C’est à partir de 50 personnes infectées que l’on devra plutôt utiliser le terme de « foyer ».

Comorbidité : Ce mot issu du vocabulaire médical est sur toutes les lèvres depuis l’arrivée des vaccins, dans un premier temps « réservés aux personnes de plus de XX ans ou atteintes de comorbidité ». C’est-à-dire atteintes de maladies et/ou divers troubles aigus ou chroniques qui, ajoutés à la Covid, risqueraient d’amener le patient vers une issue sans doute fatale.

Couvre-feu : Pendant la Seconde Guerre mondiale, le couvre-feu a été imposé par les occupants allemands pour empêcher les civils, possiblement résistants, de se déplacer la nuit. Interdiction leur était faite de circuler du soir au lendemain matin. D’autres décisions du même genre ont été prises ensuite, à l’étranger comme en France, même en temps de paix (dans des banlieues « chaudes », par exemple), mais celle que nous avons connue récemment est la première à avoir été décidée dans notre pays pour raison sanitaire.

Covidé(e) : Mot qui n’existait pas jusqu’à la crise et qui désigne une personne atteinte de la maladie. Ce terme à la consonance désagréable est cependant peu employé. Ce peut-être aussi un adjectif pour parler de quelque chose touché par le virus, une « seringue covidée » par exemple.

(Dé)confinement : Confinement, déconfinement, reconfinement… Inutile de s’étendre sur ces mots dont on connaît très précisément, désormais, la définition… et les effets dévastateurs, sur le long terme, pour le moral.

Distanciation sociale : Partie comme un sprinter en finale du 100 mètres des jeux Olympiques, cette expression a été impossible à rattraper, malgré de nombreuses tentatives. Car il aurait fallu dire « distanciation physique » plutôt que « sociale ». Eh oui, il ne s’agissait pas de séparer d’un mètre les CSP ++ des smicards !

Distanciel/présentiel : Là aussi, on a bien intégré ce que signifient ces deux termes totalement inconnus avant. Surtout les personnes actives, amenées à exercer en télétravail, en distanciel, donc, ou les parents d’élèves, inquiets de savoir si leurs rejetons pourraient retrouver ou non leurs camarades « en présentiel ».

Gestes-barrières : Distanciation physique, masque sur le visage, éternuments dans le coude, pas de serrage de main, ni de bises, lavage des mains au savon ou au gel hydroalcoolique (ce mot-là aussi est une quasi-nouveauté), etc. : tels sont les principaux gestes-barrières que nous avons toutes et tous appliqués en un rien de temps. Ils étaient effectivement les premiers remparts contre le virus. Parions qu’on les appliquera dorénavant même en cas d’angine, de grippette ou de rhume, ce qui n’était pas forcément le cas jusqu’à présent.

Quatorzaine : D’origine juridique, ce mot employé d’abord au Québec est particulièrement approprié à la Covid puisqu’il désigne le nombre de jours d’isolement idéalement nécessaires pour éviter tout risque de contagion.

Vaccinodrome : Ce terme était apparu en 2009 au moment de l’épidémie de grippe H1N1, mais on l’avait oublié. On imagine un lieu immense peuplé de gens en blanc, où les personnes vont se faire vacciner par centaines, par milliers, les unes après les autres… et c’est exactement cela. Ce sont généralement des endroits couverts (salles des fêtes, gymnases), mais les Américains, qui ne font jamais rien comme les autres, ont mis en place des vaccinodromes à ciel ouvert, voire en drive, sans sortir de sa voiture !

Variant : Qu’il soit brésilien, anglais ou breton, on a pris l’habitude d’ajouter le pays ou la région d’origine de ce virus qui a muté. Espérons que ce mot disparaîtra vite du vocabulaire, dans lequel il occupe pour l’instant une place malheureusement considérable.

Mais encore : click and collect, hydroalcoolique, PCR, jauge… Certains mots sont entrés dans le Petit Larousse et le Petit Robert 2022, tout juste (déjà !) parus. D’autres étaient présents dans les éditions précédentes, mais ont vu leur définition élargie.

Sébastien Drouet

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