Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Vers une mode “éthique” et “chic”?

Dossier Chic edith

La mode conventionnelle, avec les deux collections par an (printemps/été et automne/hiver), a laissé place à la fast fashion et ses 40 collections annuelles qui se succèdent à un rythme effréné. Mais derrière cette frénésie, il y a une planète en surchauffe et des conditions de travail pénibles pour les ouvriers lointains. En réaction est arrivée la slow fashion, respectueuse de l’environnement et des humains. Bien que vertueuse, elle peine cependant à se faire connaître. Pourquoi ? Edith vous dit tout et lève le voile sur la mode écoresponsable, durable et éthique !

« Soldes », « fins de série », « tout doit disparaître » : partout dans la ville, T-shirts, robes, jeans sont régulièrement proposés à des prix dérisoires. Difficile de résister à ces appels incessants à la surconsommation… Or, dans le contexte de dérèglement climatique que nous connaissons, avec les causes et conséquences inhérentes – pollution, raréfaction de l’eau –, force est de constater que l’impact négatif de l’industrie textile est loin d’être négligeable. C’est même tout le contraire. « Les guerres du futur ne seront pas menées pour le pétrole mais pour l’eau », prophétise le directeur exécutif de Greenpeace. Quand on sait que jusqu’à 10 000 litres d’eau sont nécessaires pour fabriquer un jean (un seul !)… Sans oublier que la culture du coton absorbe un quart de la consommation de pesticides dans le monde et 10 % des engrais, alors qu’elle ne représente que 2,5 % des terres cultivées*. Quant au cuir des chaussures, obtenu à partir de l’élevage intensif des bovins, il est responsable de 80 % de la déforestation de la forêt amazonienne. On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Toujours plus lointains, comme si l’on refusait d’ouvrir les yeux sur la situation. « La production textile s’est en grande partie déplacée vers l’Asie**, déclare la sociologue Majdouline Sbai. Si cela se passait ici, si l’on voyait les dégâts écologiques, ce serait différent. » « J’ai toujours été coquette, j’ai toujours choisi des vêtements plutôt tendance, avec des belles matières, de la qualité, témoigne Eloïse Moigno, fondatrice de SloWeAre***. Quand j’ai voulu trouver des choses locales, made in France, j’ai cherché dans des magasins et je me suis rendu compte de l’ampleur du problème. Made in ne veut pas dire grand-chose. En échangeant avec les acteurs du textile, j’ai constaté que c’était une industrie opaque. Les grandes enseignes n’apportaient aucune réponse à mes questions. » Clairement, les grandes marques sous-traitent à des entreprises, qui elles-mêmes sous-traitent à d’autres, qui elles-mêmes sous-traitent, etc. Tout cela démultiplie les kilomètres, les impacts écologiques, le dumping  social.

Un sujet minoré

Grâce au travail des journalistes, à la curiosité des « consomm’acteurs », à l’air du temps aussi, puisqu’il en va de la mode comme des autres secteurs, la prise de conscience est en train de s’opérer. Sûrement… mais lentement. Ainsi, on parle moins de développement durable ou de commerce équitable dans la mode que dans l’alimentation. « La mode est associée à la futilité et au plaisir, explique Majdouline Sbai. Parler de choses sérieuses, graves, et de mode en même temps, c’est antinomique. Surtout qu’il s’agit d’un domaine que l’on classe plutôt dans la culture, le loisir. Et c’est féminin. Quand l’industrie textile a été démantelée en France, ça n’a pas été un sujet majeur, contrairement à la sidérurgie, à l’agriculture. Les politiques ne vont pas au salon de la mode, mais ils vont au salon de l’agriculture. Économiquement pourtant, le secteur du textile est plus important que celui de l’automobile en France. » Cependant, la prise de conscience s’est accélérée après l’effondrement du Rana Plaza, au Bangladesh, en 2013 (1 135 morts), un immeuble qui abritait des ateliers dans lesquels s’entassaient des milliers d’ouvriers. Le dramatique symbole de la fast fashion (toujours plus vite, toujours moins cher !) et de ses dérives…

Transition lente

Alors, faut-il arrêter d’acheter en masse, là, tout de suite ? Facile à dire… mais impossible à faire. Et même pas souhaitable. Pour l’heure, c’est un frémissement que l’on constate, dans les consciences et sur les marchés. « Heureusement car c’est un secteur qui emploie beaucoup de salariés en France », rappelle Majdouline Sbai, originaire d’une région (le Nord-Pas-de-Calais) qui a énormément souffert du démantèlement de ses usines. « Il faut lui laisser le temps de se retourner et qu’un nouveau modèle se construise. Si tout s’effondre, ce serait une catastrophe économique. »

Pour les consommateurs désireux d’accompagner le changement en cours, de nombreuses alternatives existent sans pour autant crier haro sur les grandes marques. Ce serait trop facile. D’ailleurs, certaines ont pris en compte le problème et s’attachent à mettre du vert dans leur process. « Elles se rendent comptent que leurs clients sont de plus en plus sensibles aux engagements écoresponsables, souligne Eloïse Moigno. Beaucoup cherchent à communiquer sur l’écoresponsabilité afin de maintenir leur clientèle. Certaines font du greenwashing, d’autres sont sincères dans leur questionnement. Ce n’est pas simple de faire la part des choses pour les consommateurs. C’est là que nous intervenons avec SloWeAre, en mesurant la sincérité des démarches. Un bon moyen de savoir est de trouver quel pourcentage d’une collection est écoresponsable. Plus les marques vont intégrer l’écoresponsabilité dans leur ADN (choix des matières, conditions de travail des ouvriers), mieux ce sera. »

… de nombreuses alternatives existent sans pour autant crier haro sur les grandes marques…

Régulièrement, de nouvelles entreprises naissent. Ayant conscience d’avoir un rôle à jouer, pas mal d’entrepreneurs se lancent en s’appuyant sur le crowdfunding. Dans ce cadre, les circuits courts (made in France ou in Europe) sont favorisés, d’autres fabriquent dans des usines certes népalaises ou indonésiennes, mais auditionnées par des organismes indépendants et garantissant un salaire décent aux ouvriers.

Le juste coût

L’Association des Acteurs pour la Mode Éthique regroupe des marques pionnières, qui utilisent du coton bio, des matières recyclées – il existe des sacs fabriqués avec d’anciennes chambres à air ! – des teintures végétales, du cuir de liège plutôt que du cuir animal, et qui travaillent elles-mêmes avec des fournisseurs labellisés, EcoCert, Gots ou autres. Rassurez-vous : c’est sympa à porter et intéressant financièrement… sur le long terme : « On trouve de tout, dans tous les styles, pour s’habiller de la tête aux pieds, poursuit Eloïse. Il y a un travail pédagogique à faire au niveau du prix : on ne peut pas comparer avec la fast fashion, qui n’est pas un business éthique. Si l’on compare avec le milieu de gamme des marques conventionnelles, on se rend compte que la part dévolue à la communication est faible. Le coût d’un vêtement écoresponsable, c’est le coût de la matière, de la production, de la conception. » Sinon, pour passer à la slow fashion, hormis l’achat d’éthique neuf, le simple bon sens peut aussi faire des merveilles. La fondatrice de SloWeAre conclut : « C’est toute une réflexion à mener pour le consommateur s’il souhaite s’y retrouver au niveau de son budget habillement : il s’agit de mieux choisir ses vêtements, de ne pas faire de doublon dans sa garde-robe, de répondre à un vrai besoin. On n’est plus sur un achat d’impulsion, avec les promos… En ne répondant pas aux injonctions publicitaires, les personnes qui fonctionnent ainsi se sentent plus libres. » Et comme on le sait, la liberté n’a pas de prix…

*www.ecowatch.com

**70 % des vêtements vendus en France (www.larevolutiondestortues.fr)

***SloWeAre (www.sloweare.fr), créée en 2017, est une plateforme d’information et un label de confiance dédiés à la mode écoresponsable

Sébastien Drouet

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