Vous connaissez Georges Gay ?

Orléanais, comédien, mannequin, il vient de publier un livre qui retrace son histoire. Tombé dans l’enfer de la drogue, il lui aura fallu dix ans pour s’en sortir. Rencontre avec un résilient.

Enfant, Georges Gay habitait l’Orée de Sologne et n’avait jamais mis les pieds dans un théâtre, pourtant, il intégrera le conservatoire d’art dramatique d’Orléans, sera pote de Marion Cotillard et en sortira avec le premier prix d’interprétation. Tout va très vite, Georges est engagé pour jouer dans une tournée ; c’est le début d’une carrière dont il rêve depuis son plus jeune âge. Jouer sur scène la vie des autres fut une révélation pour le jeune homme et sans doute sa meilleure façon d’exister : « j’étais timide et introverti, alors quand je voyais Clint Eastwood, c’était le modèle de l’homme viril auquel je voulais ressembler. Sur scène tu trouves ton identité à travers l’autre. » En parallèle, sur les conseils de sa mère, dont il a toujours été très proche, Georges va prendre la pose comme gravure de mode, il a le physique de l’emploi, il est très vite apprécié pour son côté androgyne, il est mannequin pour Yves Saint-Laurent, aura des parutions dans Vogue. Pourtant Georges n’a pas envie d’être un homme objet, il ne se sent pas proche de cet univers où les hommes sont séduits par sa plastique : « la mode ne me permettait pas d’affirmer ma masculinité, je me sentais en danger, je n’avais que 20 ans ». Son physique est vécu comme un handicap, très jeune dans une colo, une monitrice le fait boire, puis lui demande de l’embrasser, il n’a que onze ans ; plus tard il se fera piéger par un metteur en scène prétextant un essai pour un casting. C’est aussi l’époque d’une nouvelle liberté mêlée de solitude et de mauvaises rencontres. Malgré tout, les valeurs transmises par sa mère lui reviennent et lui évitent le pire.

De l’enfer de la drogue à l’abstinence

« J’ai toujours été quelqu’un d’excessif, j’ai fumé pour m’intégrer à un groupe et très vite j’étais dépendant au joint. » Alors quand l’héroïne rentre dans sa vie, elle passe très vite d’occasionnelle à obsessionnelle, la cocaïne, le crack. « Drogue douce et dure c’est le même processus récréatif, j’avais une addiction dure, pour arrêter les joints je prenais de la cocaïne pour me bouger. » Entre lucidité et crises de paranoïa, sa vie se résume à attendre son dealer et à flirter avec la mort. Finalement il décroche du théâtre, pendant dix ans. Il tombera plusieurs fois, partira en cure et ce sera la rechute, son père absent dans sa jeunesse devient son pilier, il est celui qui l’aide à trouver le chemin de la guérison. « Mon histoire est liée à ma peur, mais la peur n’a pas eu le dernier mot et je suis fier du chemin parcouru. » Les séjours ne lui réussissent pas notamment l’hôpital Marmottan à Paris, car c’est trop court.

Il aura fallu une cure de neuf mois à la Cita, centre situé en Espagne à Dorius, combinée à la pratique du yoga Kundalini, pour qu’il décroche enfin. Georges montre que c’est possible de s’en sortir, même si le chemin parcouru est très long « Ne perdez pas espoir ! » C’est son message. À 44 ans, Georges nage, court, pratique le Bouddhisme, continue sa carrière de comédien, et vit à Barcelone, la ville de la fête dans laquelle il est totalement abstinent : « je ne bois plus, je ne fume pas, j’ai un entourage qui correspond à mon mode de vie et cela ne m’empêche pas de faire la fête et de danser jusqu’à 5 h du mat. Mais le lendemain je suis aligné ! »

J’irai vers mon bonheur aux Éditions des Équateurs
175 pages,
17 €

Marie-Zélie Cupillard

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