Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Voyage au bout de la nuit

Rozenn et Patricia sont deux oiseaux de nuit. La première est infirmière, l’autre gérante d’un des bars les plus connus d’Orléans. Leur point commun : elles s’activent à l’heure où le reste de la ville dort à poings fermés. Comment gèrent-elles ce décalage au quotidien ?

 

Depuis combien de temps travaillez-vous de nuit ?

Rozenn, infirmière de nuit : Depuis onze ans. Je suis à temps partiel : au cours d’une semaine, je travaille trois nuits, de 21 h à 7 h du matin, sans pause. Je trouve que c’est une chance : grâce à cela, j’ai pu voir grandir mes enfants, je n’ai pas raté grand chose. Après, je ne travaillerai pas de nuit jusqu’à la retraite. Physiquement, ce n’est pas possible.

 

Patricia, gérante du Mac Ewan’s : Depuis quinze ans, mais cela fait trente ans que je suis dans ce milieu des bars. Ma mère tenait une discothèque à Brive : à 13 ans, je connaissais déjà un peu le monde de la nuit. Aujourd’hui, je travaille entre 12 h et 13 h par jour, de 15 h à 3 h du matin environ. Je ne suis jamais couchée avant 5 h 30-6 h, et je me force à rester au lit jusqu’à midi.

 

Quelle incidence cela a-t-il sur votre rythme de vie ?

Rozenn : On est déphasé. Mais je fais très attention. Quand les enfants ont école, je me réveille à 13 h, puis je retourne me coucher pendant deux à trois heures. Si on ne fait pas attention, ce rythme peut vite être dangereux. Par exemple, il y a des moments où je peux avoir des mouvements d’humeur ; d’autres où je supporte moins le bruit. Il faut savoir que lorsqu’on travaille de nuit, on a huit ans d’espérance de vie en moins.

 

Patricia : C’est sûr que cela engendre des sacrifices au niveau de la famille. Les devoirs des enfants sont faits très vite. On mange à 18 h 30, je couche ma fille et après, je repars travailler. Mon mari, lui, travaille de jour : forcément, on ne se voit pas beaucoup. Tant qu’on a la santé, on tient bien ce rythme. Bon, mon médecin, je ne l’ai pas vu depuis sept ans… Mais je ne me verrais pas retourner dans les bureaux. Le réveil matin, je ne supporte pas !

 

Qu’y a-t-il de spécial à travailler la nuit ?

Rozenn : Personne ne peut savoir ce qu’est un travail de nuit tant qu’il ne l’a pas vécu. Ce qui est le plus compliqué, peut-être, c’est la gestion des décès. On accueille la famille, on est toute seule, il faut tout prendre en charge. Mais la relation avec les patients est différente : comme ils sont davantage stressés, il faut bien prendre le temps de se présenter. Entre collègues, cela change aussi des choses : les infirmières de nuit travaillant souvent en binôme, la confiance est indispensable. D’ailleurs, il y a une solidarité très importante dans les équipes de nuit.

 

Patricia : Ce que j’aime la nuit, c’est que les gens ont plus le sourire que le jour, ils sont plus décontractés. Il y a aussi des contraintes, bien sûr : avec la loi sur le tabac, il faut gérer les extérieurs du bar, faire attention à ce que les clients ne soient pas agressés. D’ailleurs, je trouve que le climat a tendance à se dégrader. Il ne se passe pas une année sans qu’on me casse au moins une fois ma vitrine…

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